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C' est une continuité de récits composée de 3 écrits : l' eau, le feu et la terre et pour que cela ne soit pas trop long j' ai preféré les publier en trois pages et voici la première qui s'appelle l' eau

Au 7. siècle av. J.C. sur les cotes égéennes d’ Anatolie s’ est  développé une école dite ionienne parce qu’ à cette époque la cote égéenne centrale de la Turquie s’ appelait l’ Ionie ; on comptait 12 cites ioniennes parmi lesquelles il y avait Didyme, Priène, Éphèse, Smyrne ( Ýzmir) et dont leur chef / capital était Milet. Donc l’ école ionienne s’ est formée dans cette région avec ses principaux représentants tels que  Thalès,  Anaximandre et  Anaximène de Milet, Héraclite d’ Éphèse et Diogène d’ Apollonie ; ce dernier n’ intervenant que bien plus tard dans l’ histoire.
Jusqu’ à cette époque les penseurs expliquaient les origines des choses en se basant sur la Mythologie et c’ est pour la première fois dans l’ histoire que les philosophes ioniens se sont proposés d’ expliquer l’ Univers en ramenant toutes choses a un principe unique qui est pour Thalès l’ eau, pour Anaximandre l’ infini, pour Anaximène l’ air et pour Héraclite le feu. Diogène d’ Apollonie rajeunit cet hyloisme en attribuant l’intelligence au premier principe.

Et c’ est le même Héraclite d’ Éphèse qui a dit :

« Le temps ressemble a un fleuve et on ne peut jamais prendre deux bains dans le même fleuve. » 

EAU

En tant qu’ élément originel, l’eau est dans de nombreux mythes de créa­tion du monde, la source de toute vie, bien qu’elle soit aussi associée à l’idée de dissolution et de noyade. Des déluges mettent un terme à des cycles de création antérieurs et anéantissent des formes de vie qui n’ agréaient pas aux dieux.
Sur le plan psychologique, l’eau est le symbole des couches les plus profondes de l’inconscient où habitent des êtres mystérieux. C’est dans I’ eau de la mer que plonge chaque soir le soleil a l’occident, pour réchauffer le royaume des morts pen­dant la nuit; ce qui établit la relation entre l’eau et I’ Au-Delà. Dans l’ Antiquité égyptienne, l’ eau avait une action purificatrice essen­tielle dans le culte d’ Isis.
La représentation de l’ Au-delà sous la forme d’un royaume aquatique est étrangère à la cosmologie européenne tandis que c’est un thème fréquent chez les Mayas du Yucatan. Chez les Aztèques, le paradis du dieu de la Pluie, Tlaloc, s’appelait T
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alocan ; c’était une région beaucoup plus agréable que l’ enfer ou Mictlan qui constituait le séjour des morts ordinaires. Dans le calendrier vicésimal d’Amérique latine, le symbole du neuvième jour, l’eau, (en Aztheque : atl ) désigne la pluie abondante. Il fait aussi partie du hiéroglyphe mexicain désignant la guerre, atl-tlachinolli,­ que l’on a traduit par « l‘eau / le feu » le combat de deux éléments impliquant nécessairement la mort de l’un ou de l’autre, soit que l’eau éteigne le feu, soit que le feu fasse évaporer l’eau, le sujet avec lequel j’ avais terminé mon exposé précédent....
La vénération de l’eau qui jaillit directe­ment des profondeurs de la terre et qui donne l’ impression d’être un don des dieux chthoniens (souterrains) est très répan­due, notamment lorsqu’ elle est chaude ou lorsque grâce à sa teneur minérale elle possède une vertu curative (eau thermale). Chez les Celtes sur­tout, il était courant de vénérer des sources sacrées car leurs eaux se répandaient de la terre-mère dispen­satrice de bienfaits (par exemple, la déesse Sulis à la source thermale de Bath en Angleterre). La coutume consis­tant à jeter des pièces dans des puits ou des fontaines est à l’ évidence une rémi­niscence des sacrifices et des dons qu’ on faisait autrefois aux divinités de I’ eau, auxquelles on attribuait la faculté d’ exaucer les souhaits selon la chaîne sémantique « eau-terre-fécondité-bonheur et richesse ».
On associe souvent les eaux souterraines au chaos ori­ginel, mais
l’ eau de pluie qui tombe du ciel est considerée comme vivifiante et bienfaisante. Dans de nombreuses civi­lisations, les étangs, les mares, les lacs surtout qui sont aussi des sources, étaient considérés comme les habitations des esprits de la nature, des esprits des eaux ou des démons aquatiques dont le pouvoir menaçait sans cesse la vie de l’homme.

Au-delà de leur transparence et de leur fluidité, nous croyons utile de distinguer les eaux douces liées à la fécondité et utiles à la vie des eaux salées plus fortes ; mais de ce fait, plus dangereuses et mieux aptes à introduire à l’Au-Delà..
Mortes, dormantes, vives ou tumultueuses, les eaux correspondent toujours à un passage: physiquement dans le paysage, l’eau qui circule barre le chemin, aussi bien à la surface, où il faut protéger les gués et les ponts, qu’en profondeur, où les trous d’
eau sont des passages vers L’autre monde.
L’eau marque les passages physiques, mais aussi symboliques, car l’eau sert de support sensible dans les rites de passage. L’eau favorise ou empêche un passage c’est-à-dire qu’elle indique si un passage se fera ou non. Il s’agit de fiançailles, de rites de fécondité, de guérison de maladies, de présage de mort. La qualité et l’usage des eaux sont hiérarchisés selon les passages que l’eau procure :  l’eau baptismale, celle du passage vers la vie par excellence, est conservée dans le baptistère,

Les eaux dormantes, mortes, qui recèlent ( voilent, renferment, contiennent ) des êtres malfaisants, sont l’enjeu de conflits, et menacent de se réveiller un jour, de déborder, et d’engloutir la voisine.
Dans le sacrement chrétien, on incorpore le feu du vin à l’ élément passif, l’eau, l’un et l’autre formant une sorte de couple d’opposés, ce qui renvoie à la double nature, divine et humaine de Jésus. Dans les cartes du Tarot, le mélange de l’eau et du vin représente la tempérance tandis que, dans l’iconographie chré­tienne, l’eau joue le rôle d’un élément purificateur qui efface la tare du péché lors du baptême. Autrefois, elle aidait à débusquer les sorcières : une personne plongée dans l’eau était déclarée non coupable lorsqu’elle coulait; mais se révélait être une «sorcière du Diable » si elle flottait comme un bouchon ; l’ eau était en effet, un élément trop pur pour engloutir un suppôt de Satan. On connaît l’ importance de l’eau bénite chez les catholiques. Dans leurs coutumes religieuses, les fidèles emportent chez eux l’eau bénite ainsi que l’ aqua benedicta de certains jours de fête, pour en remplir les petits bénitiers qui sont placés au seuil de leur demeure ou au chevet de leur lit.
La conception selon laquelle l’ eau rituellement consacrée est bienfaisante ne se limite pas toutefois au culte catholique: elle apparaît également chez les Parsis et en Indonésie, où les danseurs qui entrent en transes sont aspergés d’eau bénite afin d’être ramenés à la réalité.

Au Mexique en effet analogue à celui du baptême chrétien était recherché à travers l’ablu­tion des nouveaux-nés: la sage-femme y priait pour que l’eau éloigne tous les maux que l’enfant avait hérités de ses parents. Les bains rituels sont égale­ment connus dans de nombreuses civilisations anciennes, où ils servaient de la même façon à la purification symbo­lique. On peut mentionner à ce sujet, le bain que prennent les hindous dans le Gange, « les bassins de lustration ( purification )» à Cnossos en Crête et les bains auxquels on devait se soumettre avant le commencement des mystères d’ Eleusis... C’est dans ce contexte qu’ on peut dire :

« pour l’homme pieux, une goutte suffit. mais l’océan lui-même et ses fleuves ne peuvent purifier le méchant».....

Les ablutions rituelles font partie des règles religieuses islamiques : c’est seulement là où il n’y a pas trace d’eau dans le désert qu’on est autorisé à la remplacer par du sable pur. Un exposé plus fouillé de ces dif­férents rites nous éloignerait du domaine du symbolisme pour nous faire entrer dans celui du culte. Il convient néan­moins de mentionner quelques-unes des conceptions de l’ Antiquité :

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l’eau courante, surtout l’eau de mer agitée, emporte ainsi tous les charmes maléfiques.

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Si l’on veut invoquer les dieux souterrains et les démons, il faut utiliser de l’eau de source ;

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si, en revanche, on veut invoquer les êtres célestes, il faut prendre de l’eau de pluie.

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L’eau de la rosée qui se condense sur les tiges est, selon Pline (23-79), « un vrai remède, un don du ciel pour les yeux, les abcès et les viscères ». Elle provient, selon une croyance antique, des rayons de la lune ou des larmes d’ Eos, la déesse de l’Aurore. Dans le symbolisme chrétien, elle est analogue aux bienfaits de Dieu qui coulent à flots depuis le ciel.

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Aussi étonnant que cela puisse paraître en Bretagne, l’eau vient du bas les plantes la font remonter pour leurs propres besoins, et pour les gens et les bêtes, L’eau remonte de la terre par les sources et se continue en ruisseaux; l’eau, comme la vie, doit circuler ; puis l’eau s’échappe dans la campagne en ruisseaux.

Dans un contexte psychanalytique, on attribue à l’eau une importance essentielle car elle dispense la vie (les enfants viennent au monde dans des étangs ou dans des puits) et elle conserve l’existence qu’ elle a ainsi donnée. C’est le symbole fondamental de toutes les énergies inconscientes, et si les eaux claires et printanières ren­voient à la figure de la jeune fille, de la Koré, de la Perséphone lumineuse en tant que personnifica­tion de l’ anima -c'est-à-dire de la part psychique féminine qui affecte tout homme-, les eaux noires des marais ren­voient plutôt à une anima non intégrée, autrement dit a un féminin menaçant qui n’a pas été encore vraiment dissocié de l’image de la Mère, elle-même conçue et appréhendée comme pouvoir mena­çant et destructeur. Les « grandes eaux » (mer, océan) sont de ce fait le symbole de l’archétype même de la Mère et à tra­vers lui, de l’inconscient le plus profond.

Notre grand penseur philosophe Mevlana dit :

 «  Même les fleuves les plus ardents ne se calment-ils pas lorsqu’ ils s’ embrassent et se confondent  avec l’ Océan »

Eminemment dangereuses (on risque toujours d’ y être englouti et d’ entrer dans la mort ou dans la psychose), elles sont pourtant aussi le réservoir de toutes les énergies et de toutes les capa­cités de création. Par ailleurs, l’ eau indique toujours un grand péril lorsque, dans les rêves notamment, elle franchit les limites qui lui sont imparties et emporte tout sur son passage. Sa conception symbolique est en revanche favorable et positive lorsque, alors qu’on lui reste extérieur mais qu’on est en rela­tion profonde avec elle, elle occupe cal­mement la place qui est la sienne elle constitue alors, comme c’est souvent le cas dans les contes, la véritable « eau de vie ».